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Dimanche 14 mars 2010

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Lundi 20 juillet 2009

Julien, qu'as tu donc fait de ton talent ?

Réponse à Julien Dray

Cher Julien,

Te voilà donc maintenant, procureur d’un Parti contre lequel tu requières comme si tu n’en avais pas été un des principaux dirigeants et d’une Histoire qui n’aurait commencé qu’au Congrès de Reims.

Le Parti Socialiste va mal, très mal. Toute la gauche va mal.

Quand nos partenaires auront fini de plumer avec jubilation la volaille socialiste, il risque d’être trop tard pour offrir aux électeurs mieux que des rabibochages de façade. La droite, probablement minoritaire au 1er tour des élections régionales, pourra ainsi espérer remporter au second tour plusieurs Régions. Car, faut-il le rappeler, c’est ce qui se produit quand la gauche est divisée et obnubilée par sa propre compétition interne. Les électeurs de gauche iront alors à 2012 comme on va à l’abattoir, désemparés et résignés. Ce qui se passera ensuite n’excite que les fantasmes de personnalités égotistes! La gauche, dont n’en doutons pas, il s’en trouvera bien un pour dire que le mot même est dépassé, sera en miettes. Et avec elle, les libertés publiques et individuelles, les protections collectives et les valeurs d’égalité.

Tout cela serait la faute, la très grande faute de Martine Aubry , d’un pathétique congrès et de deux malheureuses lettres.

Martine ne devrait-elle pas s’adresser à nos partenaires et leur proposer de débattre ? Si elle ne l’avait fait, qu’entendrions-nous sur l’arrogance et le repli du PS sur lui-même !

Martine devrait-elle aussi continuer d’accepter le dénigrement récurent auquel se livre Manuel et qu’aucun maire ne tolérerait d’un de ses conseillers municipaux ? Qu’entendrions-nous sur son manque d’intérêt à diriger cette maison !

Malheureusement la crise d’identité, de projet et d’image dans laquelle nous sommes enlisés est moins anecdotique et vient de bien plus loin : de la défaite de 2002 dont la seule leçon tirée fut que les socialistes devaient cesser de préférer les voleurs aux gendarmes , du désastreux référendum interne sur le traité constitutionnel européen dont l’objet réel était davantage l’avenir présidentiable du 1er secrétaire que celui de l’Europe, de la défaite de 2007 dont les seules analyses se sont résumées pour les uns à dire que c’était la faute à Ségolène et pour les autres que c’était la faute au Parti, de nos appétits individuels pour la conquête du pouvoir sans savoir pour autant ce que nous en ferions collectivement.

La crise financière et écologique met en lumière la prévalence du court terme, de l’intérêt individuel et le goût de la rente. La crise du Parti Socialiste n’est pas si différente.

Un autre destin collectif est-il encore possible ? Je le crois. Une génération manque à l’appel aujourd’hui :celle qui était trop jeune pour être en 1ère ligne en 1981, mais suffisamment expérimentée pour avoir tout appris des luttes féministes, écolos, homos, autogestionnaires, antiracistes, des mouvements de jeunesse, de la résistance à la droite et de la mobilisation contre le Front National. Une génération capable de faire la synthèse entre d’une part le collectif et le quantitatif et d’autre part l’individuel et le qualitatif, entre le mouvement social et la transformation démocratique de la société ...

Quand s'use un programme ou une organisation, s'use aussi la génération qui les a portés, a-t-on appris. Mais une génération s’est usée sans n’avoir porté ni programme ni organisation. Perdue dans les méandres des batailles d’appareil, des calculs et des trahisons à deux balles, de l’inconsistance de la pensée, atomisée dans des écuries de chevaux absents des lignes de départ, repliée sur ses terres à inventer le socialisme dans une seule commune ou dans un seul département et maintenant embarquée dans d’improbables espaces entre la gauche du PS et la droite de la gauche de la gauche. Moralement corrompue par l’omniprésence de l’élection présidentielle.

Et toi Julien où étais-tu ? Qu’as-tu fait de ton talent, pendant ces longues années de chronique d’un désastre politique annoncé ? Et qu’en fais-tu encore aujourd’hui ?

A pleurer, dis-tu. Oui bien sûr, mais de rage devant un tel gâchis !

La parole de chacun d’entre nous, aujourd’hui, est libre et légitime mais elle peut être d’or ou de plomb. Le défi que nous avons à relever est certainement le plus difficile et le plus audacieux de notre histoire. Bien sûr, nous faisons tous le même diagnostic sur notre parti. Sa structure est obsolète. L’appareil, à tous les étages, génère par nature du conservatisme. Son réseau d’élus locaux fait sa force autant que sa faiblesse, les sections « bétonnées » par le clientélisme et les notables sont des obstacles à notre indispensable mutation et un repoussoir pour tous ceux qui seraient prêts à travailler avec nous. Nous devons conduire le dépassement du Parti Socialiste. L’objectif reste et demeure la création du parti de toute la gauche. Pour cela, il nous faut aussi ouvrir une voie de sortie civilisation elle, passer du productivisme à la social-écologie, du toujours plus au bon moins et au mieux. Pour y parvenir, il ne s’agit pas de serrer bureaucratiquement les rangs autour de la direction mais d’emprunter la seule voie utile, celle du travail collectif, du goût des idées et d’un peu d’oubli de soi même…

Le vieux monde se meurt. Le nouveau monde tarde à paraître. Et dans ce clair-obscur ...il n’y a pas de fatalité à voir surgir les monstres.

Après avoir vécu dans l’ombre mythique du congrès d’Epinay et de la victoire de 1981, enfin une tâche historique nous attend. Yes, we can !

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