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Les salariés français ne sont pas, et de très loin, ceux qui travaillent le moins en Europe. Selon Eurostat, l’organisme statistique officiel de l’Union, un (ou une) salarié(e) français travaillait en moyenne 36,4 heures par semaine au troisième trimestre 2006. Contre 36,1 dans l’ex Union à 15. Les Français travaillent presqu’aussi longtemps que les anglais, 36,5 heures, et significativement plus que les Danois, 34,6 heures, dont le modèle social est si envié, ou encore que les Allemands, 34,5 heures, pourtant champions du monde de l’exportation. Sans parler des Néerlandais qui ne restent en moyenne que 29,8 heures au travail chaque semaine. Dans l’ex Europe à 15, c’est en Grèce, 39,9 heures, et au Portugal, 39,2 heures, qu’on travaille le plus longtemps. Rattraper la Grèce et le Portugal, est-ce cela notre ambition pour l’économie française ?
Si, à niveau de richesses comparable, le chômage est plus important chez nous que chez nos voisins, c’est justement parce que ceux qui ont déjà un emploi sont particulièrement productifs. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs la démarche des 35 heures était parfaitement censée. Quant aux chômeurs, soupçonnés de se complaire dans leur situation, il serait pourtant difficile de les pénaliser davantage qu’aujourd’hui afin de les obliger à trouver un emploi : les chômeurs français figurent déjà parmi les plus mal traités au sein de l’ex Union à 15. En 2003, selon les chiffres d’Eurostat, 10 de ces 15 pays dépensaient, en effet, davantage que la France pour indemniser leurs chômeurs, rapporté à leur PIB. Jusqu’à 2,7 fois plus pour le Danemark ou les Pays Bas, mais même un peu plus aussi pour le Portugal...
Si la paresse des salariés n’est pas en cause, ni le coût de leur travail, est-ce que les raisons de ces difficultés ne seraient pas à chercher plutôt du côté de la tête des entreprises ? De la faible qualité de leurs dirigeants et de l’inefficacité de leurs modes de gestion ? Au vu du gigantesque gâchis que l’incurie d’un Arnaud Lagardère, actionnaire de référence, combinée à la soif de pouvoir d’un Noël Forgeard ont provoqué au sein d’Airbus, on se dit en effet que c’est surtout au niveau de ses élites économiques que le capitalisme français aurait besoin d’une « rupture ». Mais il est plus facile de culpabiliser les salariés en poste ainsi que les titulaires de minima sociaux, que de bousculer les chefs d’entreprises dont un certain nombre lui sont très proches.
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