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Monsieur le Président, Mesdames et messieurs les congressistes, chers amis,
Je souhaite d’abord vous témoigner le plaisir que nous avons à accueillir en région Picardie votre congrès et à recevoir plus de 600 militants de l’éducation populaire, de la laïcité et du progrès social avec lesquels nous partageons les mêmes valeurs et les mêmes ambitions. J’ai lu avec attention le programme de ces journées ainsi que votre projet de texte d’orientation ; les thèmes que vous avez retenu : laïcité, mixité, montée des conservatismes, défense des services publics, égalité d’accès aux savoirs, développement de l’esprit critique sont au cœur de la confrontation avec l’idéologie libérale.
La nouvelle majorité de gauche au Conseil régional de Picardie travaille autour des mêmes axes de réflexion et d’action. Je voudrais profiter de cette tribune pour vous faire connaître la manière dont nous avons en mars 2004 mis en œuvre nos engagements en matière de lutte contre les inégalités sociales et de développement de la vie associative.
Le premier signe fort qu’a donné le président Claude GEWERC a été la création d’une délégation à la vie associative au sein de son éxécutif avec comme première échéance sur la feuille de route la mise en œuvre des emplois tremplins que nous avons en Picardie , baptisé emplois solidaires. Vous vous souvenez sans doute que ces nouveaux emplois étaient un engagement de la gauche dans les campagnes régionales, mais leur définition et leur contenu étaient restés très flous. Pour notre part, en région Picardie, nous avons choisi une méthode de travail pragmatique pour inventer nos emplois solidaires.
Nous avons d’abord procédé avec les institutions représentatives du monde associatif, CRAJEP et CPCA à un état des lieux. Nous avons trouvé des associations en grandes difficultés. Si l’honnêteté politique impose de dire que ces difficultés n’étaient pas récentes, la même honnêteté politique impose aussi d’identifier que depuis 2002 elles s’étaient accrues dramatiquement, d’une part sous l’effet des mesures que j’appellerais punitives à l’encontre d’associations jugées mal pensantes et d’autre part sous l’effet du dogme libéral du moins d’impôt, moins de redistribution, moins de régulation publique, des coupes sombres dans les budgets de l’Etat, des gels de crédit et de la suppression des emplois jeunes même si je constate avec satisfaction et un peu d’amusement que le gouvernement, après en avoir dit tant de mal, les a rétablis hier pour le secteur éducatif. Les associations que j’ai rencontrées avaient d’abord et avant tout besoin de moyens matériels pour fonctionner. De ce point de vue, je tire un bilan pour le moins mitigé des règles de financement que , nous la gauche gouvernementale, avions mis en place dans les années 90 et qui privilégiaient l’aide au projet au détriment des subventions de fonctionnement . Pour conduire le meilleur des projets, il faut un bureau de préférence chauffé l’hiver, un téléphone, et des permanents. Nous avons donc souhaité mettre fin à cette hypocrisie partagée qui consistait à faire financer le fonctionnement en gonflant les budgets d’aide aux projets. C’est cette démarche qui explique que nous ayons conclu avec la CPCA une convention pluriannuelle lui garantissant une subvention de fonctionnement à la hauteur de la mission qui est la sienne sur le territoire picard. C’est la même démarche que nous mettons en place avec le CRAJEP et les fédérations d’éducation populaire.
Ceci étant dit, la méthode du conventionnement pluri annuel n’est pas à l’échelle d’une région déclinable sur l’ensemble du monde associatif, mes services n’ont malheureusement pas les moyens ni avec les 49000 associations qui maillent nos 3 départements, ni avec les 4000 associations employeurs, de conclure autant de conventions personnalisées. Toujours animés par la certitude que les associations pour mener à bien leur mission doivent avoir les moyens humains et matériels de fonctionner, nous avons mis en place notre programme de 2000 emplois solidaires que nous avons décidé de réserver exclusivement au monde associatif. Là encore, notre ambition a été de faire simple et efficace.
Simple, dans le sens où la seule condition requise est qu’il s’agisse bien d’un nouvel emploi ou de la pérennisation d’un emploi précédemment aidé et ne donnant plus lieu à une aide publique, aucune condition n’est exigée en ce qui concerne la personne employée, l’association est libre de ses critères de recrutement. La subvention est accordée pour 3 ans et est renouvelable, son montant se situe dans la plupart des cas entre 50% et 75% d’un SMIC chargé. Son taux est fixe et non dégressif. A cette subvention vient s’adjoindre une aide à l’investissement pour la création du poste et une aide à la formation pour la personne employée.
Efficace, semble-t-il, car nous avons mis en place ce dispositif en juillet 2004 et je crois que nous aurons atteint en décembre 2005 l’objectif de 500 emplois associatifs créés que nous nous étions fixés pour les 18 premiers mois.
Sans tomber dans l’autosatisfaction béate, le bilan que nous tirons régulièrement en concertation avec les partenaires associatifs semble être positif. Je fais preuve dans l’instruction des dossiers d’une grande vigilance pour garantir une dimension qui me paraît importante, celle de l’indépendance des associations. En effet, j’ai observé que les baisses de crédit d’état avaient pour conséquence d’accroître la sujétion des associations aux municipalités et je connais bien cette inclinaison des maires, toutes appartenances politiques confondues, à privilégier les associations électoralement utiles, ce qui aboutit entre autres à de gros déséquilibres dans la répartition des budgets de subventions déséquilibres le plus souvent au détriment de la culture.
La Région me paraît donc être un échelon pertinent d’intervention en direction du monde associatif, la distance est dans ce cas une meilleure garantie d’indépendance qu’une trop grande proximité….
Ce dispositif est fait pour évoluer et s »adapter à des objectifs politiques nouveaux. Après avoir « encaissé » les 500 premiers emplois, je souhaite que la priorité soit donnée à l’aide à la réussite scolaire et qu’un nouveau volet soit ajouté au dispositif. J’observe comme vous tous et votre délégué à la communication l’évoquait dans l’interview qu’il a donnée ce matin, qu’une nouvelle inégalité est venue s’ajouter à celles déjà nombreuses qui sanctionnent les enfants des classes populaires avec l’émergence du marché du soutien scolaire. C’est une grave atteinte à la laïcité que d’admettre l’irruption du secteur marchand dans l’accès au savoir et aux diplômes.
Le Conseil régional n’a, malheureusement, pas le pouvoir de réformer l’Education Nationale, mais nous pouvons aider les enfants, les collégiens et les lycéens et leurs familles, à trouver dans des structures non marchandes desquelles est exclue la discrimination par l’argent, l’aide à la réussite scolaire qui leur est nécessaire.
Nous vous ferons, dans les semaines, qui viennent des propositions de rencontre pour envisager ensemble le meilleur dispositif à élaborer et réfléchir à la place que peuvent prendre des structures comme la votre. Bien sûr, nous le ferons en liaison avec l’éducation nationale pour faire converger les moyens.
Enfin et en conclusion, je tiens à vous réaffirmer à quel point, votre engagement, vos réflexions et votre action sont indispensables à la société française . Nous vivons une période de confrontation idéologique violente dans laquelle un des enjeux est la liquidation des acquis qui nous sont communs, ceux qui constituent l’ambition d’une République sociale, malmenée par la multiplication des provocations verbales contre la fraternité, les cités à passer au karcher, contre les libertés publiques et individuelles entamées par une justice qui devient une justice d’exception, contre l’idée même d’égalité incompatible le dogmatisme libéral et contre la laïcité méprisée par des ministres qui encouragent le communautarisme religieux.
Il nous faut être sur tous les fronts à la fois, le front de la bataille des idées et le front de la réparation sociale quotidienne. Notre idéal est menacée, nous ne le défendrons que dans l’action et dans la démonstration quotidienne de son utilité sociale. C’est ce que vous faîtes, c’est ce que nous tentons de faire !
Je vous souhaite un bon congrès, je vous le souhaite amicalement et fraternellement.
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