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Cela devient intime, le congrès. Merci aux camarades qui sont là pour écouter les quelques orateurs qui parlent à cette heure-ci
Il y a quinze jours, trois semaines, avant le sondage qui a été publié dans Le Monde et dont l’ombre plane sur bon nombre d’interventions de ce congrès, et dont l’ombre planera peut-être aussi cette nuit dans la commission des résolutions, Libération avait livré une autre étude qui a moins retenu notre attention et qui pourtant était pour les socialistes assez intéressante.
Elle nous apprenait que 60 % des Français n’accordent aucune confiance au système capitaliste et à sa capacité à produire un quelconque progrès et un quelconque bonheur collectif.
Si le sondage du Monde a sonné comme un coup de semonce pour nous tous, le sondage de Libération devrait lui nous indiquer le défi que nous devons et que nous pouvons relever.
Comment transformer cette défiance à l’égard du capitalisme, ce rejet de la droite qui s’est exprimé aussi bien dans les élections de 2004 que dans l’élection référendaire de 2005 ?
Comment transformer ce rejet en adhésion et en adhésion à quoi ? En adhésion à l’économie sociale et écologique de marché ? C’est compliqué, la formule n’est pas claire et on pourrait difficilement reprocher aux Français de ne pas en saisir toute la dynamique et tout l’élan porteur. En revanche, l’adhésion au socialisme doit demeurer d’actualité entre nous.
Adhérer au socialisme, c’est d’abord en comprendre les contours et c’est adhérer à un courant de passé qui lutte pied à pied d’abord sur le terrain idéologique et sur celui de la critique radicale du système. C’est adhérer à un courant de pensée dont son histoire est ancrée dans la vérité, pas le parler vrai de Nicolas Sarkozy qui joue sur les peurs et qui manie les contradictions du système pour toujours plus de désordre social et toujours plus d’ordre sécuritaire, mais le parler vrai pour justement mettre en exergue ces contradictions.
Je prendrai deux exemples : l’un inspiré des productions intellectuelles que la droite nous fournit dans la crise des banlieues, et l’autre inspiré de notre perplexité devant la croissance que nous devons promouvoir.
Ce qui se passe dans les quartiers aujourd’hui, l’âge des enfants qui sont impliqués, nous rapporte le discours, le leitmotiv, le thème récurrent de la droite, celui de la défaillance de l’autorité parentale, de ces familles coupables de ne pas bien s’occuper de leurs enfants, coupables de laxisme, coupables de se désintéresser de leurs familles. Je souhaiterais que la gauche réagisse fortement à chaque fois que ce type de propos est livré à l’égard des familles qui, de victimes, sont subitement montrées comme coupable, le sont sur le plan moral, sur le plan de la propre réussite de leur projet de vie, de leur parentalité. Elles le sont aussi parfois sur le plan pénal ou sur le plan des allocations sociales.
Notre système, consciencieusement et consciemment, désagrège l’autorité parentale et atomisée les rapports humains et les familles.
Il suffit d’allumer les téléviseurs le matin, un samedi, six chaînes de télé, six chaînes de dessins animés, un spot de publicité toutes les vingt minutes. Il suffit de faire la queue à la caisse au supermarché et de voir comment toutes les têtes de gondole, toutes les caisses sont organisées pour que l’enfant soit prescripteur de la consommation, qu’il ouvre le conflit avec ses parents et que les stratégies de marketing organisent la défaite des parents dans l’exercice de leur autorité parentale car les enfants doivent prescrire, les parents doivent consommer.
Les mêmes parents sont tout à la fois sommés de se soumettre devant l’enfant prescripteur et retrouver à la sortie du supermarché l’autorité qu’ils ont perdue à la caisse. Accepter qu’on les accuse, c’est accepter de les enfermer dans les contradictions d’un système pour lesquels il n’y a pas d’issue, ni dans leur vie personnelle, ni dans leur projet social.
L’autre sujet que je voudrais aborder, nos congrès sont soumis aux lois des événements et des médias. Si nous avions parlé au lendemain d’une catastrophe nucléaire, je suis sûre que nous aurions beaucoup parlé environnement, aujourd’hui nous parlerons crise sociale, mais quand même, je voudrais dire un mot sur le type de modèle de développement que le socialisme veut proposer pour le XXIe siècle.
Nous nous battons pour le plein emploi, pour la redistribution des richesses. Mais quelles richesses ? Pour quels emplois ?
La croissance productiviste et les modes de consommation qu’elle suppose sont à bout de course. Les Français le savent, ils en parlent en permanence, nous n’en parlons jamais.
Comment pouvons-nous continuer de les projeter dans l’avenir en continuant de faire croire implicitement que, de la création de richesses naîtra l’emploi et que de l’emploi naîtra la consommation. Ce cycle-là est à bout de course. Non, nous ne redistribuerons pas les richesses à venir, nous ne produirons pas le bonheur attendu uniquement en ayant plus d’ouvriers dans l’automobile qui produiront toujours plus de voitures ou d’ouvriers qui produiront plus de téléphones portables, plus d’ordinateurs.
Toute cette croissance-là est aujourd’hui insoutenable. Elle est un désastre écologique à tout point de vue. Elle ne produit que des biens qui sont destinés à être jetés. Nous sommes face à des problèmes de traitement des déchets qui appelle toujours plus d’argent public dans un système dont le fondement est justement de tarir toutes les sources de l’argent public. C’est ingérable.
Pourquoi ne disons-nous pas cela aux Français ? Pourquoi laissons-nous à Sarkozy cette impression du parler vrai qui donne aux Français cette capacité qu’il a à mettre en mots les maux de la société pour ne leur offrir que des solutions qui ne vont qu’accroître le désarroi social.
La violence des contradictions de notre société est le fond de commerce de la droite. La violence de ces contradictions doit être le fondement du socialisme du XXIe siècle.
Alors, parler vrai, ce n’est pas faire la course avec la droite, ce n’est pas être les premiers à traiter les enfants des cités de racaille ou à dénoncer le regroupement familial. Ce n’est pas être les premiers à dire que l’État ne peut pas tout. Parler vrai, c’est dire que le socialisme au XXIe siècle reste et demeure la seule alternative à la barbarie du capitalisme. |