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Laurence Rossignol À Compiègne
"A la Région, j'ai pu montrer comment je travaille"

Interview parue dans Oise Hebdo - édition du 27 septembre 2006 - propos recueillis par Frédéric Pétronio

La conseillère régionale socialiste et future candidate aux législatives sur Compiègne sud, Laurence Rossignol, effectue à son tour sa rentrée politique. Préparation des échéances nationales, régionales et locales, elle a le pied à l’étrier pour les échéances qui se profilent entre 2007 et 2008.


    
  

Elle prépare aussi les municipales

Egalement conseillère municipale d’opposition à Compiègne, Laurence Rossignol déclare : «Il faut mettre les gens en capacité d’agir. On a prouvé, face à un maire que les gens ne pensent pas pouvoir faire bouger sur ses décisions, que c’était au contraire possible. Si je prends par exemple l’affaire du permis de construire de la rue des Domeliers, les riverains ont saisi la justice. Ce qu’ils n’avaient pas pu obtenir par le dialogue avec le maire, ils l’ont obtenu de la justice. Nous, nous nous étions contentés d’interpeller le maire en conseil municipal. Donc le premier travail que nous faisons à Compiègne, c’est un travail de pédagogie et de mise en confiance.» Elle poursuit à propos des élections : «Le maire essaiera de nous disqualifier en disant que nous faisons de la politique politicienne. Sauf que maintenant, c’est lui qui en fait. (...) Je serai donc très vigilante pour que les débats locaux ne soient pas réappropriés par le maire de Compiègne, comme étant des débats politiques nationaux, puisque lui est très engagé dans le soutien à Sarkozy et son avenir.»

Amusée par la visite cantonale d’Yves Rome à Compiègne, Laurence Rossignol ajoute : «Philippe Marini a mis plus de dix-huit mois à accepter qu’il avait autour de lui des collectivités dirigées par la gauche. Il a fini par comprendre que l’intérêt des Compiégnois c’était la synergie. Et que ce serait négatif que de dire qu’on ne veut pas travailler ensemble. A la Région, je ne prends jamais en compte la couleur politique des maires.»

Enfin, elle assure : «Nous aurons une liste représentative de la diversité des quartiers de la ville, sans dévier vers le communautarisme. »

  

Oise Hebdo : Quelles vont être selon vous les clés pour aller chercher la droite aux présidentielles et aux législatives dans quelques mois ?


Laurence Rossignol : «2007 va effectivement être une année très politique. J’observe qu’on est rentré dans un cycle politique depuis 2004. Les élections régionales et européennes ont vu un taux de participation accru, une mobilisation de l’électorat, une vraie instrumentalisation des élections pour refuser la politique de Raffarin à l’époque. Ensuite, est venu le référendum sur la constitution européenne et le non. Les gens ont repris goût au débat politique.»

OH : Le combat passe donc par un nouveau militantisme?

LR : «Je dirais que les gens se sentent réinvestis parce qu’ils sentent que nous sommes dans une société en bout de course sur un certain nombre de sujets. On est dans une société en grande difficulté, qui ne trouve pas ses solutions. Les gens ne veulent pas renoncer. Et ils vont le dire dans les élections qui viennent. »

OH : Les difficultés dont vous parlez ne sont-elles pas en partie liées aux institutions ? Et finalement, les prochaines présidentielles pourraientelles être les dernières de la Vème République ?

LR : «J’aimerais bien. Je suis effarée depuis 2002, de la manière dont l’élection du président de la République au suffrage universel vampirise la vie politique française. Depuis 1997, ce pays vit en cohabitation permanente. Cohabitation entre le Premier ministre socialiste et le président de la République. Puis depuis 2002, cohabitation entre le président de la République et le président de l’UMP. C’est-à-dire que même quand la même majorité a toutes les clés, c’est la cohabitation. Tout cela parce que la compétition pour l’Elysée est le déterminant de la vie politique française. C’est réducteur, ça personnalise les débats, là où on devrait avoir des débats de projet. S’il n’y avait pas eu la réforme du quinquennat, on serait tranquillement en train de préparer les élections législatives de 2007. Nous n’aurions pas de compétition entre des candidats du PS...»

OH : Pourtant, tout le monde l’a réclamé ce quinquennat ...

LR : «J’ai toujours été très réservée là-dessus. Je pense que ça a été une vraie erreur commune de la droite et de la gauche. Je dis que sans cela, on préparerait les législatives, l’UMP aurait son projet, la gauche aurait le sien, et on travaillerait à élaborer une majorité parlementaire. Et on ne se demanderait pas quid de Sarkozy, Villepin, Alliot-Marie, Ségolène Royal, Laurent Fabius etc... On fonctionnerait comme dans toutes les démocraties européennes. Donc j’aimerais bien que ces élections soient les dernières présidentielles. Je vais aller plus loin : je pense qu’on devrait supprimer l’élection du président de la République au suffrage universel. Comme tout le monde, on désignerait le Parlement, et le Parlement désignerait le Premier ministre. Je n’ai pas l’impression que les Anglais, les Allemands, les démocraties nordiques ou l’Espagne, qui fonctionnent comme cela, soient moins démocratiques que la France. Nous avons un système de monarchie républicaine qui est lourd.»

OH : Pensez-vous que cela préoccupe les électeurs?

LR : «Les Français considèrent comme normale la compétition entre ceux qui veulent gouverner le pays. Mais de ce que j’entends à gauche, les gens sont inquiets de savoir quand va s’arrêter la compétition interne au PS, et à quel moment avec un candidat, le Parti Socialiste va se mettre en ordre de bataille, pour affronter la droite présenter son projet.»

OH : Dans un département comme l’Oise, comment battre aux législatives, la droite qui a six députés sortants sur sept ?

LR : «Les élections législatives viendront un mois à un mois et demi après la présidentielle. Les électeurs seront cohérents. Ils chercheront à donner au président de la République une majorité pour mettre en place la politique pour laquelle il aura été élu. Ce n’est pas l’Elysée mais l’Assemblée Nationale qui fait la politique. C’est donc la majorité parlementaire qui fait les grands projets. Je pense que la gauche peut gagner la présidentielle et qu’ensuite les électeurs lui donneront une majorité qui inclura aussi l’Oise et ses circonscriptions. Dans ces conditions, je considère raisonnablement optimiste de penser que l’Oise puisse contribuer à cette majorité parlementaire de gauche.»

OH : D’accord. Mais la droite dit la même chose. N’y a-t-il pas avec cette logique, le danger de part et d’autre de ne pas faire campagne pour les législatives ?

LR : «Pas du tout. Je pense qu’une élection législative, c’est un socle de choix politique et une marge de voix personnelles. C’est l’alchimie entre ces deux choses qui fait qu’on passe la barre des cinquante pour cent. Et cela fait aussi qu’il y a des députés d’opposition. Donc je pense que la campagne permet aux gens de connaître leurs candidats. Le besoin de proximité dont on parle souvent passe aussi par là. Je ne me repose pas sur la simple idée que les gens vont voter pour le poing et la rose. Et je travaille aussi à être jugée sur mon action, mon engagement, mon bilan à la Région.»

OH : Comparez-vous la Région à l’Assemblée Nationale ?

LR : «Je ne dis pas que la Région soit le Parlement. Mais c’est là où j’ai pu montrer comment je travaillais, ma disponibilité, ma générosité et mon sérieux.»

OH : Êtes-vous certaine que les gens voient bien ce qu’il se fait à la Région ?

LR : «Oui. J’ai la chance de m’occuper d’un dispositif que les associations connaissent, c’est les emplois solidaires. Les gens les voient. J’ai créé 650 emplois solidaires en Picardie depuis 2004. 650 emplois nouveaux dans les associations, ça se voit. J'ai commencé à les ouvrir dans l’accueil périscolaire, pour permettre que les enfants soient pris en charge jusque 18h30. Ça commence à se savoir. Je pense aussi que la politique culturelle de la Région et du Département, qui sont complémentaires, se voient également. C’est peut-être moins évident sur l’action économique. Mais ceux qui prennent le train pour aller à Paris et qui ont vu augmenter la prise en charge de la Région le savent. Les parents d’élèves et les lycéens qui ont la carte cursus Picardie qui permet la gratuité des livres scolaires le savent aussi.»

OH : Vous avez toujours dit à propos de Lucien Degauchy qu’un député n’était pas un super conseiller général. On a malgré tout aujourd’hui le sentiment que vous labourez le terrain plus qu’avant. Et peut-être à l’image d’un Lucien Degauchy. Vous avez changé de vision des choses ?

LR : «Je pense que j’ai mesuré le fait que les gens ont besoin de voir et de toucher leurs élus. Ce qui a été déterminant pour moi, c’est le mandat exécutif à la Région . Je me suis aperçue que c’était aussi en étant sur le terrain que je donnais aux gens la capacité de me faire réfléchir sur les solutions nouvelles à apporter. Car les gens m’interpellent. Il faut en profiter pour rencontrer les gens, mais aussi pour s’enrichir sur les nouvelles réponses qu’on peut apporter. Donc c’est vrai que je suis plus sur le terrain qu’avant. Mais j’ai aussi une autre raison. Mes enfants ont un peu grandi. Ça aide.»

OH : Un de vos grands thèmes, à votre arrivée à la Région était la démocratie participative. Cela a-t-il toujours un sens maintenant que vos politiques sont lancées ?

LR : «Mais bien sûr. La vraie démocratie participative consiste à mettre les gens en situation pour qu’ils prennent eux-mêmes en charge une partie de leurs besoins et qu’ils s’impliquent, au lieu d’être simplement des consommateurs de service public. C’est ce qu’on a fait avec la création d’emplois solidaires dans le périscolaire. On n’a pas donné l’argent aux collectivités. Mais on a dit aux parents de se constituer en associations et de créer le service dont ils avaient besoin. Les gens sont très attachés au service public, mais il faut aussi qu’ils y participent. Ils ne doivent pas être que des consommateurs. Il faut s’impliquer dans la vie de la cité. C’est aussi ça la démocratie participative : inciter les gens à faire, tout en les aidant.»


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