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Courrier Picard : Yoplait, Lajous, Affimet. L'industrie du Compiégnois souffre beaucoup mais Philippe Marini se montre optimiste. Et vous ?
Laurence Rossignol : Je suis très inquiète et je pense que son optimisme est à la limite de l'indécence. Il devrait aller plus souvent à la porte des usines se confronter à l'inquiétude des salariés. On ne peut pas parler du contexte industriel en disant : "Ce n'est pas grave ; on va transformer cela en emplois tertiaires." Il est vrai que l'on ne peut pas avoir la même position, Philippe Marini et moi, sur le sujet. Pour lui, l'emploi, c'est juste une variable d'ajustement des entreprises. Je vous rappelle qu'il a dit : "Un emploi, ça vit, ça meurt." Le problème, c'est que derrière l'emploi, il y a des familles, le bien-être qui meurt.
CP : Depuis un an, votre opposition porte le fer surtout sur les dossiers d'urbanisme et se fait plus consensuelle sur le reste. C'est une stratégie au centre, pour les municipales ?
LR : L'année 2006/2007 va être une année très politisée. Je fais très attention à ce que Philippe Marini ne disqualifie pas les critiques de la gauche pour les repolitiser dans le cadre du débat national. Car nous sommes loin d'être dans l'opposition systématique. Nous votons environ 80 % des délibérations de gestion au conseil municipal mais nous nous opposons sur les grands dossiers de fond. Par exemple, ce n'est pas parce que le troisième pont est un pont de droite que je m'oppose. C'est parce que je pense que le tracé n'est pas bon. En matière d'urbanisme, Jean Legendre (l'ancien Maire) avait une vision de Compiègne. Je ne suis pas sûre que Philippe Marini ait une vision. Je vois de l'aménagement, du béton. Je ne vois pas de vision.
CP : La critique est un peu facile, non ? 51ème RT, requalification du Clos des Roses, rocade nord-est ; Compiègne a beaucoup de projets.
LR : Oui, mais prenons le Clos des Roses. C'est un gros enjeu. Les habitants pourront-ils être relogés au même endroit et au même loyer ? Nous n'avons pas de réponse. Je pense qu'il y a une tentation de changer la population et de débarasser Compiègne des classes populaires. Au Clos des Roses, on pouvait construire et réhabiliter. Pour le 51ème RT, nous aurions favorisé la mixité sur le site et nous n'aurions pas traité la question entre espaces publics et espaces privés de la même façon.
CP : Les travaux liés à la rocade nord-est démarreront comme prévu dans quelques mois. Satisfaite ?
LR : Cela renforce mon point de vue sur la question du pont urbain : faisons la rocade nord-est, évaluons les impacts sur la circulation de transit en centre-ville. C'est une erreur de lancer les deux chantiers en même temps car la rocade risque de faire baisser la circulation de transit en centre-ville. Par ailleurs, il y a toujours le bouchon de Mercières. C'est pourquoi je pense que le bon site pour le troisième pont est celui retenu par Jean Legendre : à proximité du centre de secours.
CP : Votre opposition a été très procédurière cette année. C'est plus efficace que de s'opposer en conseil municipal ?
LR : C'est fatigant et très embêtant. Mais nous n'avions pas le choix. Notre premier rôle, c'est d'abord d'obliger Philippe Marini à respecter la loi. Et chaque fois, la démonstration est faite. Dans l'affaire des indemnités des élus, la Ville a été condamnée mais Philippe Marini a fait appel de la décision du Tribunal Administratif. L'appel n'étant pas suspensif, il aurait dû appliquer la décision de justice. Il ne l'a pas fait. J'ai donc saisi le tribunal administratif ; j'espère que la question sera tranchée avant les municipales. Dans le cas du permis de construire de la rue des Domeliers, suspendu par le Tribunal Administratif le 22 août, l'opposition lui avait pourtant fait remarquer qu'il n'était pas dans les clous. Il n'a pas voulu entendre.
CP : L'opposition est pourtant restée très en retrait sur cette victoire.
LR : Ce n'est pas notre victoire ; c'est celle des riverains. C'est un bel encouragement à tous les compiégnois pour se saisir eux-mêmes de leurs affaires. C'est une bonne leçon contre la fatalisme. Cela montre que quand on veut, si on s'organise, on peut. Le tribunal a tranché ; il n'y a pas besoin d'aller plus loin puisque quand les juges disent stop à Philippe Marini, il arrête.
Propos recueillis par Laetitia Galdéano |