|
Que représente le rapport d’Amnesty International pour la France ?
C’est un rapport à la fois terrifiant et salutaire pour la France. Il est terrifiant parce qu’il confirme très largement des chiffres élevés en matière de violences contre les femmes. Mais, il est salutaire parce qu’il place la France face à ses responsabilités dans ce domaine. Environ 90 femmes par an meurent sous les coups de leurs partenaires. Ce sont bien là de violences sexistes dont on parle, un type de violence parfois nié. Ce nouveau rapport met définitivement un terme à cette polémique. D’autre part, il est intéressant parce qu’il ne se limite pas aux violences conjugales, puisqu’il intègre, dans les violences faites aux femmes, la question particulière de la prostitution.
Comment gère-t-on, aujourd’hui, cette situation accablante en France ?
Très mal. En effet, d’un côté on parle davantage des violences faites aux femmes dans les médias ou au gouvernement, mais de l’autre on n’offre pas les capacités d’hébergement nécessaires. Dans les CHRS (centres d’hébergement et de réinsertion sociale) d’abord, on ne distingue pas les lits dévolus à la précarité et les lits dévolus aux femmes victimes de violences. Donc on ne sait pas combien de lits sont disponibles pour les femmes victimes de violence. C’est l’Etat qui décide de l’ouverture de lits. Mais, ces ouvertures tombent au compte-gouttes.
De plus, le gouvernement a annoncé, en décembre, une baisse de 12% de l’enveloppe consacrée à l’allocation logement temporaire, allocation qui permet aux réseaux et aux associations de faire face à des situations d’urgence. Il s’agit par exemple de payer une chambre d’hôtel à une femme battue en attendant une place en CHRS. Donc, on dit aux femmes victimes de violence de partir de chez elles, mais on n’a pas les moyens de les accueillir.
Par ailleurs, le rapport d’Amnesty considère que la prostitution est une forme de violence contre les femmes. Pourtant, Sarkozy traite la prostitution comme un trouble à l’ordre public. C’est loin d‘être la même approche. Il est temps que la France ose parler de la prostitution, et décide d’assumer une option véritablement abolitionniste. Elle ne doit pas faire l’impasse sur la question des clients. Les prostituées ne sont pas une réponse à la misère sexuelle. Beaucoup d’hommes vont voir des prostituées comme ils vont faire un flipper. On doit être capable d’élever nos garçons en leur disant « tu ne voleras pas, tu ne mettras pas le point au milieu de la figure de ton petit copain et tu ne loueras pas le corps des femmes ».
La France est donc un pays paradoxal du point de vue de la question des femmes. Elle est au premier rang en ce qui concerne l’égalité professionnelle et le niveau de formation mais, elle est dans la lanterne rouge en ce qui concerne la parité et la question du respect de l’intégrité.
La justice est-elle, comme le dénonce Amnesty International, trop timide ?
Les femmes ne trouvent pas, vis-à-vis des tribunaux et de la justice, l’assistance et l’identification sur le plan pénal de ce qu’elles vivent. Il y a bien des incriminations pénales mais elles sont générales. Le problème en France c’est l’absence de transversalité, de plans concertés. On est toujours dans une politique sectorielle en matière de prise en charge des violences conjugales avec des administrations qui sont inégalement motivées. On constate de vrais progrès dans la police et dans la justice mais à côté, on ne connaît pas le niveau de compétence de l’éducation, de la justice et de tous les autres ministères qui peuvent être impliqués sur cette question.
Où en est la réflexion sur ce sujet au Parti socialiste ?
Justement, en Espagne, le Premier Ministre, Zapatero, a pris l’initiative d’une grande loi contre ces violences qui mobilise l’ensemble des ministères et donne les moyens d’une telle action. Le Parti socialiste va donc étudier de près les expériences menées en Espagne mais aussi au Québec, où de nombreux travaux ont été menés sur ce problème de société. On doit commencer par cela. Cependant, Il ne faut pas vouloir aller trop vite pour que notre projet de loi contre les violences faites aux femmes soit efficace.
Propos recueillis par Fanny Costes, article publié sur le site du parti socialiste |