A Durban, le pire a été évité, car nous avions craint l’échec et la paralysie totale du processus,. Pour autant, il n’y a pas de quoi se réjouir.
Après Durban, le pire reste à craindre, nos chances de contenir le réchauffement climatique en deça de 2° par rapport à l’ère préindustrielle sont minces.
La communauté internationale s’est mise d’accord pour élaborer d’ici 2015 un accord « légal avec force juridique »qui, certes inclut toutes les grandes économies mais dont la date d’entrée en vigueur n’est pas déterminée.
Une nouvelle feuille de route n’est que la promesse de nouvelles négociations mais pas celle d’engagements contraignants toujours repoussés à plus tard et, probablement à trop tard. D’ici 2020, le risque est grand que les réductions d’émissions de CO2 dépendent du bon vouloir des états et soient reléguées au second plan, loin derrière la compétition économique.
La feuille de route est là, il faut maintenant qu’elle ouvre une nouvelle volonté politique à la hauteur de l’ampleur et de la rapidité de la détérioration du climat. Les accord a minima qui semblent davantage destinés à sauver la face qu’à sauver le climat renvoient aux peuples l’image de nations incapables de dépasser leurs intérêts nationaux court-termistes et de porter la mutation de nos économies en garantissant aux pays émergents et aux pays en développement l’accès au progrès et la croissance. En s’engageant dans une 2eme période sous le protocole de Kyoto, l’UE réassure ses propres engagements de réduire de 20% ses propres émissions, inscrits dans le paquet climat énergie. Mais, l’apathie du sommet de Durban ne l’a pas stimulée pour s’impliquer dans des engagements plus ambitieux.
Rio +20 , en juin 2012 doit être le sommet qui posera les fondations d’une Organisation Mondiale de l’Environnement et mettra en commun, car c’est le thème retenu, les clefs de la croissance verte. Des décisions concrètes devront y être prises. A défaut, la préparation du prochain sommet climat au Qatar, choix déjà très discutable et dont on reparlera, risque d’être dominée par le pessimisme et la lassitude.
Ça va mieux en le disant !
Le Blog de Laurence Rossignol
lundi 12 décembre 2011
jeudi 1 décembre 2011
la maison brule et le feu a gagné tout le quartier!
Mon intervention au Sénat sur le budget de l'environnement
Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, mes chers
collègues, quelle déception à l’examen des crédits consacrés à
l’environnement ! Voilà qui confirme les renoncements de la majorité à ses
propres engagements !
Si nous voulions être indulgents, nous pourrions dire qu’en
matière d’environnement, vous avez été velléitaires. Sans doute les ministres
qui se sont succédé depuis cinq ans auraient-ils bien voulu agir, mais ils ne
l’ont pas pu, ou alors très peu, empêchés par des lobbies puissants, par
l’électoralisme court-termiste et par des arbitrages budgétaires souvent
indifférents.
Car c’est bien d’indigence et, plus grave encore, d’imprévoyance
qu’il faut parler à la vue des crédits affectés à la mission « Écologie,
développement et aménagement durables » consacrés, notamment, à la mise en
œuvre du Grenelle de l’environnement, qui devait être, selon les mots du
Président de la République, « l’acte fondateur d’une nouvelle politique,
d’un new deal écologique en France, en Europe et dans le
monde » ! Vous en conviendrez, pour changer le monde,
161 malheureux millions d’euros sur plus de 9 milliards d’euros,
c’est peu ! Et il faut croire que c’était sans doute encore trop, puisque,
à l’Assemblée nationale, les députés de la majorité n’ont pas manifesté le
moindre d’état d’âme pour réduire encore les crédits de la mission de
84 millions d’euros !
Le mandat du Président de la République avait pourtant commencé
en fanfare avec l’organisation du Grenelle de l’environnement, auxquels tous,
État, collectivités locales, organisations syndicales et professionnelles, ONG
et élus, avaient participé. Cette concertation avait abouti non seulement à une
vaste prise de conscience, mais aussi à des décisions ambitieuses et
salutaires. Je vous rappelle, d’ailleurs, que le soutien de la gauche n’avait
pas fait défaut au Gouvernement, parfois même pour l’aider dans des arbitrages
contre sa propre majorité !
Mais, depuis le Grenelle de l’environnement, les « coups de
rabot », pour reprendre une expression qui sera sans doute le gimmick
de l’année 2011, ont été constants et méthodiques. D’abord insidieusement, puis
franchement, quand le Président de la République, au salon de l’agriculture en
2010, a en quelque sorte sonné la retraite, en déclarant : « Je
voudrais dire un mot de toutes ces questions d’environnement, parce que, là
aussi, ça commence à bien faire. »
Aujourd’hui, le budget ne fait pas la maille et le Grenelle est
détricoté ! (Sourires.)
Je vous ferai grâce d’un inventaire fastidieux. Mais, comme ce budget
est le dernier du quinquennat, il nous offre l’occasion de dresser un bilan
comparatif des ambitions et des résultats.
D’abord, la contribution climat-énergie, qui devait être la
pierre angulaire de la fiscalité environnementale promise par le Président de
la République, a été abandonnée en rase campagne.
Et ne nous répondez pas que le recours du groupe socialiste
devant le Conseil constitutionnel en est la cause !
Vous aviez inventé une usine à gaz inefficace écologiquement et
injuste socialement !
Le report de la taxe poids lourd, qui nous prive de recettes
pour investir dans le ferroutage, est un autre renoncement.
La politique en faveur des énergies renouvelables est un échec.
Les conclusions du rapport Ollier, mises en œuvre dans la loi Grenelle 2,
ont paralysé l’éolien terrestre en multipliant les procédures.
La versatilité et l’imprévisibilité de la politique de
développement de l’énergie photovoltaïque ont déstabilisé et sabordé une
filière naissante. Le développement de la biomasse a pris du retard.
Et ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui, la Commission
européenne s’apprête justement à adresser un avis motivé à la France pour
manquement à son obligation de transposition de la directive européenne sur les
énergies renouvelables.
Le bilan est aussi largement négatif, s’agissant de l’objectif
de réduction de moitié de l’usage des pesticides à l’horizon de 2018. Les
chiffres présentés lors du Comité national d’orientation et de suivi du
plan Écophyto 2018 sont inquiétants. Très loin de reculer, l’utilisation
de pesticides a même augmenté de 2,4 % de 2008 à 2010.
En matière de politique en faveur de la biodiversité, la trame
verte et bleue tarde à être mise en œuvre.
Dans le projet de loi de finances pour 2012, les dépenses
fiscales favorables à l’environnement sont évaluées à 95 millions d’euros.
Par rapport aux 5,8 milliards d’euros de dépenses fiscales ayant un impact
négatif sur l’environnement, selon l’évaluation de l’Inspection générale des
finances, c’est bien peu !
Alors que le coût de l’énergie est promis à une augmentation
significative, avec la raréfaction du pétrole et le renchérissement structurel
du coût du nucléaire, lié à la fois à la mise aux normes post-Fukushima, à la
gestion des déchets, au démantèlement à venir des centrales et à la fin de vie
de nombre de nos réacteurs, la majorité semble ignorer qu’un nombre croissant
de nos concitoyens sont en situation de précarité énergétique.
Pour ce projet de budget, votre Gouvernement cherche beaucoup de
recettes supplémentaires et beaucoup d’économies. Nous devons affronter une
crise financière, économique, sociale, mais aussi environnementale. Or cette
dernière dimension semble ignorée. L’environnement est la variable d’ajustement
des déficits publics, voire une contrainte dont on s’occupera peut-être plus
tard, une fois la crise passée. Mais la transition environnementale n’est pas
un fardeau ! Elle constitue, à l’inverse, un levier de sortie de crise, un
nouveau gisement de développement et de création de richesses, une voie nouvelle
pour le partage et l’égal accès de tous à des ressources essentielles et de
plus en plus rares ! Ce budget vous offrait l’occasion de
« verdir » notre fiscalité, mais tel n’est pas le choix que vous avez
fait !
Je voudrais donc vous interroger : si le moment n’est pas
encore venu de modifier la donne fiscale, d’organiser la transition
environnementale et d’investir dans cette démarche, quand viendra-t-il ?
Quand pourrons-nous engager ces mutations mieux qu’aujourd’hui ? Vous
laissez passer, je le crains, une occasion que nous ne retrouverons pas si
facilement, surtout si vous restez au Gouvernement !
Malgré un contexte budgétaire défavorable à l’ambition et aux
politiques publiques, il y avait une autre raison de proposer un budget
« environnement » à la hauteur des enjeux : le message qu’il
envoie aux Français, sa vertu pédagogique.
La transition environnementale de notre société, de nos modes de
vie et de nos modes de production et de consommation ne se fera pas sans nos
concitoyens ou contre eux. Ils en sont les premiers acteurs. Il ne s’agit pas
de les culpabiliser au motif que la somme des comportements individuels ferait
l’engagement national. Il faut au contraire leur permettre de s’inscrire dans
un élan partagé, soutenu et impulsé par les pouvoirs publics.
Le message qui est envoyé aujourd’hui au travers de ce budget
est un message inverse et démobilisateur.
Le groupe socialiste-EELV et apparentés a déposé plusieurs
amendements, qui ont déjà été adoptés par notre assemblée ou qui, je l’espère,
le seront cet après-midi. Ils prévoient notamment le relèvement de la TVA sur
les produits phytosanitaires, l’assujettissement à la taxe générale sur les
activités polluantes, la TGAP, des métaux lourds – sélénium et
arsenic –, le relèvement de la redevance pour pollutions diffuses et
l’assujettissement des perturbateurs endocriniens à celle-ci.
Ce sont des mesures de bon sens, favorables à l’environnement.
Elles se sont cependant heurtées à un avis négatif du Gouvernement. En
commission, la ministre Mme Kosciusko-Morizet avait précisé que, à titre
personnel, elle leur apportait son soutien de principe. J’espère que ces
mesures survivront à la navette parlementaire et à votre majorité à l’Assemblée
nationale.
Monsieur le secrétaire d’État, c’est avec regret que nous ne
voterons pas les crédits de la mission « Écologie, développement et
aménagement durables » pour 2012. La maison brûle, l’incendie s’est étendu
à tout le quartier et vous regardez toujours ailleurs ! (Applaudissements
sur les travées du groupe socialiste-EELV. – M. Bruno Sido s’exclame.)
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